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Whitaker Linda (Rogers)

Linda (Rogers) Whitaker a eu son premier contact avec le SCI/IVS à Londres et a été envoyée au Pakistan oriental comme kinésithérapeute en 1969. Son séjour a été interrompu de façon dramatique par la guerre d’indépendance qui a conduit à la création du Bangladesh. Elle y est retournée de 1972 à 74. Elle est maintenant retraitée mais participe à des activités volontaires dans le centre de l’Angleterre.

Origin of the text
Olivier Bertrand: Breaking down barriers 1945-1975, 30 years of voluntary service for peace with Service Civil International.
Paris (2008)

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Linda (Rogers) Whitaker

Influences

J’ai grandi en Angleterre pendant les années 1950 et 60, lorsqu’il était d’usage d’aller à l’église et à l’école du dimanche. Cette influence, ainsi que celle de mes parents, de l’école et des mouvements tels que les Scouts et les Guides m’ont enseigné l’amour et le service du prochain. Après la guerre, il y avait une grande liberté et beaucoup d’opportunités pour les jeunes de toutes les classes sociales. Il y avait des possibilités de formation et de voyage. Comme adolescente, j’étais très intéressée par la géographie et les voyages et, sans doute du fait de mon éducation chrétienne, j’ai eu le désir de vivre et de travailler dans d’autres pays avec l’espoir d’être utile aux autres.
J’aimais le sport et les relations humaines. J’ai décidé d’étudier la kinésithérapie, qui me paraissait combiner ces deux aspects. Les cours que j’ai choisis comportaient d’abord deux années de formation d’infirmière orthopédique. Cela impliquait que je pouvais commencer cette formation à l’âge de 17 ans et n’avais pas besoin de rester davantage à l’école. Je ne pouvais pas attendre ! La qualification et l’expérience du travail d’infirmière s’avérèrent ensuite très utiles pour une activité outremer loin des autres professions médicales.

Mon premier emploi a été auprès de l’University College Hospital à Londres. C’est là que j’ai rencontré une autre kinésithérapeute qui était membre de l’IVS et avait travaillé en Inde comme volontaire à long terme. Par son intermédiaire, j’ai rejoint un groupe local à Londres. Nous avons travaillé sur différents projets intéressant les communautés locales, en particulier pour aider les personnes âgées, en leur rendant visite, leur faisant leur courses et du jardinage. J’ai aussi travaillé comme volontaire dans un foyer international près de chez moi à Earls Court. J’aimais les relations avec des jeunes de culture et d’origine différentes.

Malgré le fait que je n’avais qu’une année d’expérience professionnelle, j’ai posé ma candidature pour être volontaire à long terme et elle a été acceptée (c’est seulement plus tard que j’ai compris combien j’aurais été plus efficace si j’avais eu davantage d’expérience préalable. Mais comme d’habitude je ne pouvais pas attendre pour faire ce que j’avais toujours voulu faire).

Le travail au Pakistan oriental interrompu par la guerre d’Indépendance. 1969

Workcamp in Dhaka 1970s

Workcamp at the Boys Club, Sher-e-Bangla,
Dhaka early 1970s

Après une première expérience de chantier en France : fabriquer des gabions pour stopper l’érosion d’une rivière en Ariège, qui a été un très bon apprentissage, et à la suite d’une cession de préparation au centre du SCI à Aoust, j’ai pris l’avion pour le Pakistan oriental en passant par Karachi en septembre 1969. J’ai été accueillie par les amis du SCI, notamment “Minto Bhai” Chowdhury, alors secrétaire de la branche locale du SCI. J’ai séjourné dans sa famille pendant les premières semaines.

Workcamp in Dhaka in the 1970s

Workcamp at the Childrens Centre Dhaka
early 1970s Volunteers myself,
Barek, Shafikul Islam (Lennin) covered in plaster!

Ses jeunes frères et soeurs m’enseignaient patiemment la langue bengali, tandis que je m’habitais à vivre dans l’équivalent d’un bain turc plein de moustiques. Une fois acclimatée, j’ai beaucoup aimé le climat et les gens et les moustiques ont cessé de m’ennuyer. Je travaillais dans un dispensaire pour enfants handicapés géré par une association charitable avec laquelle le groupe SCI coopérait. Mon expérience dans ce domaine était limitée, mais je travaillais avec un kinésithérapeute local et j’ai fait de mon mieux pour traiter les enfants et pour transmettre quelques compétences aux assistants employés par le dispensaire.

Childrens Centre Jahanara Begum 1970

With a colleague from the Childrens Centre
Jahanara Begum

Je me suis vite rendue compte que j’apprenais beaucoup plus que ce que je pouvais enseigner ou donner. Le fait d’appartenir à un groupe local du SCI était extraordinaire : cela me donnait immédiatement des amis dans un environnement étranger. Des amis qui, avec une culture et une religion différentes, voyaient les choses de la même manière que moi, avaient les mêmes aspirations telles que la paix et la compréhension entre les peuples et souhaitaient servir les autres. Pour eux, il était important que je sois là, non pas pour ce que je pouvais faire en deux ans, mais simplement pour être parmi eux un membre du groupe et pour travailler avec eux sur les chantiers. Grâce à ma présence, ceux-ci prenaient un caractère international. Les chantiers auxquels j’ai participé durant cette période figurent parmi les meilleurs moments de mon existence. J’ai le souvenir du travail du weekend au dispensaire pour refaire les peintures et réaliser un jardin et aussi les week-ends à l’extérieur - toujours proches des rivières ! Je suis une personne pratique et n’ai pas l’habitude d’exprimer longuement mes sentiments en public, de sorte que les discussions qui faisaient partie des chantiers n’étaient pas mon style, mais elle étaient très intéressantes, surtout parce qu’elles paraissaient nous rapprocher en tant qu’êtres humains. J’ai un souvenir très fort du jour où Bhuppy a visité le groupe et nous a tous motivés.

Je me souviens aussi des occasions où les membres du comité se sont querellés, comme peuvent le faire les membres de comités du monde entier. Le pays était fortement imprégné de culture musulmane et il n’était pas toujours facile de savoir comment se comporter lorsque l’on visitait des gens à domicile. Tout en étant un volontaire étranger, j’étais aussi une femme et au Bangladesh il n’était pas d’usage pour les femmes de s’asseoir et de discuter avec les hommes. Les femmes servaient le thé et se tenaient à l’arrière de la maison. Je me retrouvais fréquemment avec les femmes de la famille dans une chambre à coucher, ce qui pouvait être intéressant, mais aussi parfois frustrant. Ou encore, je me retrouvais dans la pièce du devant avec les hommes, mais ceux-ci se trouvaient incapables de tenir une conversation normale. Je dois pourtant dire qu’il y avait plusieurs femmes dans le groupe du SCI et que nous étions généralement intégrées dans les réunions et les discussions. Je pense que l’organisation était de ce fait à peu près unique au Bangladesh à cette époque. Plus tard, en 1970, une autre volontaire, Carol Barnshaw, m’a rejointe pour travailler dans une école pour aveugles.

En novembre 1970, un cyclone dévastateur a frappé le sud du Bangladesh, le delta du Gange. Carol et moi avons été mises à la disposition de la Croix rouge, avec laquelle le groupe local du SCI avait des liens et à qui elle envoyait des volontaires. Nous avons travaillé principalement à Dacca, au siège et dans les entrepôts, en dehors tu temps consacré à notre activité principale. J’ai fait un voyage à la région sinistrée en apportant des fournitures et plus tard Carol est allé au projet du SCI à Moudubi.

En mars 1971, la guerre d’indépendance du Bangladesh a éclaté. Carol et moi, nous vivions dans une résidence universitaire près de l’université. Tous les étudiants étaient rentrés chez eux et la tension montait, de sorte que nous étions seules avec le cuisinier/gardien et sa famille. En raison de la situation, nous nous étions fait enregistrer au Haut Commissariat britannique. Nous avons été pendant deux nuits et un jour sous le feu des combats et on nous a dit de quitter la résidence. Nous nous sommes jointes à un flot de réfugiés qui fuyaient la région. Nous sommes parties avec quelques affaires personnelles. Tout à coup, nous avons vu une haute silhouette familière qui fendait la foule pour venir vers nous. C’était bien sûr Minto Bhai, dont j’ai parlé plus haut, qui venait, en prenant des risques pour lui-même, s’assurer que nous étions en sécurité. Il nous a emmenées à la maison d’un couple britannique, qui était notre contact avec le Haut Commissariat. Je n’oublierai jamais cet acte désintéressé et amical. Carol et moi avons été évacuées par un avion de la Royal Air Force vers Singapour, où il nous a fallu nous adapter au changement brutal que représentait la vie dans un hôtel occidental coûteux. La nourriture était trop abondante et trop riche et nous ne savions pas faire fonctionner la douche ! Nous avons fait la connaissance de Navam, alors Secrétaire asiatique, qui vivait à Singapour avec sa famille.

Nous regrettions beaucoup d’avoir abandonné nos amis dans une situation aussi difficile, mais si nous étions restées nous aurions été une charge et une bouche supplémentaire à nourrir.

Intervalle en Angleterre

Nous sommes rentrées chez nous en avril 1971 et j’ai travaillé pendant un an comme kinésithérapeute à Bristol. C’était assez près de ma famille, qui s’était inquiétée jusqu’à ce qu’elle apprenne que j’étais saine et sauve. Carol était à Londres, où j’allais souvent pendant les week-ends. Nous participions à des marches et à des démonstrations, parfois à propos du Bangladesh et plus généralement de l’injustice dans le monde. J’étais désespérée de voir ce qu’il se passait au Bangladesh (si seulement nous avions eu Internet à l’époque !). Je suis allée par la route en Inde, où j’ai passé quelque temps. Finalement j’ai réussi à avoir un poste de volontaire de l’IVS au service d’orthopédie de l’hôpital de Dacca, créé après la guerre.

Soigner les blessés au Bangladesh, 1972-1974

Cette deuxième expérience était très différente de la première. J’ai voyagé avec une volontaire belge (Michèle) qui était aussi kinésithérapeute et qui devait me remplacer au dispensaire pour enfants. Cette fois, nous passions par Delhi et nous sommes restés une nuit ou deux à K5, le bureau du SCI. A Dacca, nous avons été accueillis par de vieux amis du SCI, qui avaient maintenant l’habitude de recevoir des volontaires étrangers. Il y avait maintenant beaucoup plus d’organisations internationales dans le pays et donc beaucoup plus de mendicité. J’ai regretté la confiance en soi et l’orgueil des habitants avec leur culture traditionnelle que j‘avais connus précédemment et j‘en ai voulu aux agences internationales pour avoir créé une culture de dépendance, même si le pays avait grand besoin d‘aide. Est-ce que je devais me compter parmi elles ?

house set up for paraplegics following the War of Independence 1973

Volunteers with patients in the house set up for
paraplegics following the War of Independence

A cet hôpital, il s’agissait de soigner les blessés de guerre et aussi la population locale. Une grande partie de ceux que nous devions former à faire des appareils orthopédiques étaient eux-mêmes d’anciens combattants invalides. L’équipe de kinésithérapeutes dont je faisais partie a créé un cours de formation de kinésithérapie. Obtenir la reconnaissance de cette formation et donc une rémunération adéquate pour les diplômés a posé un problème difficile. Je travaillais avec des volontaires australiens, canadiens, européens et indiens, ainsi que deux volontaires de l’IVS (Maureen Thomson et Helen Preston) ; nous vivions ensemble dans une résidence près de l’hôpital. Bien qu’il se soit agi d’une équipe internationale, cette expérience était très différente de la précédente : avec un si grand nombre d’occidentaux réunis, il était très facile de revenir au mode de vie occidental. Il y avait moins de relations avec la population locale et, bien que nous ayons eu des contacts et ayons participé à des chantiers de week-end, nous étions moins proches du groupe local du SCI que précédemment. Par ailleurs, nous avons également participé à une campagne de l’OMS pour l’éradication de la variole et la vaccination des quelques personnes touchées dans un camp de réfugiés à Dacca.

J’ai été heureuse de pouvoir retourner au Bangladesh après l’indépendance, et surtout de voir que mes vieux amis n’avaient pas souffert de la guerre, mais ce second séjour n’a pas été réussi que le précédent et n’a pas représenté le même changement. Carol était également retournée au Bangladesh, où elle avait travaillé pendant quelque temps à Savar.

Conclusion

Après mon retour en Angleterre en janvier 1974, j’ai décidé de vivre à Londres et de poursuivre ma formation de kinésithérapeute pour les enfants. Ayant fait ce travail avec les enfants au Bangladesh, je m‘étais rendu compte que j‘avais encore beaucoup à apprendre. J‘ai partagé un appartement avec Carol et pris contact avec un groupe de l‘IVS dans le sud de Londres. Nous avons à nouveau fait des travaux pour les communautés locales et des chantiers de week-end. Dans ce groupe, il y avait de nombreux anciens volontaires et beaucoup d‘enthousiasme et de bonne volonté. C‘était très sympathique et j‘ai retrouvé le plaisir d‘être ensemble que j‘avais connu au Bangladesh.

Childrens Centre Jahanara Begum 1969

Working at the Pongu Shishu Kendra
(Childrens Centre) Dhaka 1969/70

Pendant cette période, j‘ai visité l‘Irlande, le bureau du SCI et j‘ai participé à un chantier dans le Nord de l‘Irlande. J‘ai aussi commencé à aider l‘IVS pour l‘organisation de chantiers de week-end destinés à préparer les volontaires partant pour l‘Asie et l‘Afrique du Nord. En 1977, je suis partie pour l‘Amérique centrale avec une autre organisation de chantiers (CIIR), qui m‘avait demandé de participer à la sélection d‘une kinésithérapeute volontaire pour travailler avec des enfants handicapés. Cela m’a tellement intéressé que j’ai posé moi-même ma candidature.

A mon retour en 1979, j’ai travaillé dans le Sud du Yorkshire pour créer un service de kinésithérapie pour les enfants. Mon expérience outremer était très précieuse pour ce travail. Je suis restée en contact avec l’IVS par le Bureau de Leeds, où Martin et Juliet Pierce travaillaient et j’ai aussi continué à aider le Bureau national pour la sélection de volontaires pendant les week-ends.

Depuis, je suis restée en Angleterre en travaillant pour le Service national de la Santé comme kinésithérapeute pour les enfants et je suis devenue chef de service. Après ma retraite en 2002, j’ai continué à faire ce travail à temps partiel jusqu’à 2005. .

Impact de l’expérience du SCI sur ma vie

Cette expérience m’a d’abord montré ce qu’était une amitié authentique et comment les êtres humains peuvent se rencontrer sur un terrain commun en dépit de leurs différences culturelles et religieuses. J’ai toujours essayé de m’en souvenir dans ma vie professionnelle sociale et politique.

L’expérience du projet de Dacca m’a donné le désir d’en savoir plus sur le travail avec des enfants et j’ai continué par la suite dans ce domaine. Je suis reconnaissante pour cette orientation car je pense avoir bien fait mon travail, y avoir pris plaisir et avoir aidé beaucoup de familles. Au cours de mes 16 dernières années de vie professionnelle, ma connaissance rudimentaire de la langue m’a été utile pour établir un contact avec mes patients dans une zone de Manchester avec une nombreuse population du Bangladesh. Il me semble que mon expérience antérieure m’a aidé à comprendre la situation des familles asiatiques qui vivent en Grande Bretagne.

En écrivant ceci, en regardant de vieux papiers et des photographies, en parlant avec d’anciens collègues et amis, c’est seulement maintenant que je me rends compte combien mes premières expériences avec le SCI ont influencé ma vie. J’avais oublié que j’avais été impliquée dans les activités de l’association pendant près de 20 ans de 1968 à la fin des années 80.

Depuis mon départ à la retraite, j’ai rejoint le centre local du volontariat et je fais à nouveau du travail volontaire. Le centre à l’initiative d’activités individuelles et de groupe pour développer l’autonomie et l’intégration sociale et il y a peu de différence entre les volontaires et les bénéficiaires. Nous appartenons tous à la même communauté.




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