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Mekki Kader

Kader Mekki, a connu le SCI à Alger en 1948 et a fait de très nombreux chantiers en Algérie, puis en France et dans de nombreux autres pays. Marié à une volontaire norvégienne, il a eu une vie professionnelle internationale consacrée en grande partie à des actions humanitaires, de reconstruction et de développement

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Olivier Bertrand: Breaking down barriers 1945-1975, 30 years of voluntary service for peace with Service Civil International.
Paris (2008)

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Kader Mekki

En Algérie avant l’Indépendance

J’étais élève d’une école professionnelle à Alger en 1948 quand j’ai entendu parler du SCI par un ami. Ma motivation était le contact avec d’autres gens que les Français des étrangers : Suisses, Allemands, Hollandais. Je voulais en savoir un peu plus sur la vie, sur autre chose. Et sur les chantiers, l’atmosphère était calme, les gens étaient sincères et m’ont semblé très sympathiques. Pierre Martin n’était pas là à ce moment. J’ai participé à des chantiers de week-end, notamment à Berardi, en banlieue d’Alger (voir Nelly), où on faisait un peu de peinture, on dégorgeait les écoulements d’eau, on réparait les baraques ; les filles apprenaient à coudre et à tricoter.
J’ai aussi fait des chantiers pendant les vacances en Kabylie, en 1949 et 1950. En 1949, j’ai fait un chantier à Oued Aïchi ( ?), près de Tizi Ouzou, pour construire une route et raccorder le village. Il y avait deux Suisses et deux Allemands. J’étais le seul Algérien. Je m’étais rasé la tête, d’autres volontaires m’avaient suivi et parce qu’on travaillait gratuitement, qu’on avait une nourriture frugale, beaucoup nous prenaient pour des prisonniers envoyés par les Français pour espionner le village. On avait des difficultés, à cette époque, à expliquer aux gens qui nous étions.
En 1950, j’ai été responsable d’un chantier à Thba Routh ( ?); j’étais maçon, coffreur/ ferrailleur et on a fait un captage de source, ce qui était la première fois pour moi. Nous avons été aidés par un missionnaire anglais qui était sur place et qui nous amenait les matériaux. On a amené l’eau au-dessus du village pour que les femmes puissent chercher de l’eau, au lieu d’aller à 3 ou 4 kilomètres. Nous étions 12 ou 13, dont deux Algériens. Il n’y avait pas de gens du village pour travailler avec nous, car seuls les femmes et les enfants étaient là : les hommes étaient en France ou ailleurs pour travailler. Mais nous avons eu de très bons contacts avec la population.
En automne, nous sommes revenus et nous avons réparé et repeint l’école du village. Il y avait là une fille formidable : Simone Chaumet et Emile, qui étaient toujours ensemble (lui a été témoin à notre mariage et nous sommes allés la voir, elle, à notre voyage de noces). Une anecdote: un jour il y avait eu une forte pluie et le lendemain, nous avions trouvé beaucoup de champignons qu’une volontaire, d’ailleurs médiocre cuisinière, a fait cuire. La nourriture était très frugale et nous nous sommes régalés. Mais nous avons été empoisonnés et très malades toute la nuit.
La branche algérienne fonctionnait par à coups. Les secrétaires venaient pour une durée limitée: Nelly pour environ un mois, Willy Begert pour quelques mois. Pierre Martin lui-même n’était pas là tout le temps. Les autres (Paul Lafon) venaient donner un coup de main, mais avaient leur activité principale par ailleurs. Et puis on manquait de ressources. Emil Tanner arrivait à peine à survivre. Moi-même je n’avais pas assez d’expérience pour faire un bon secrétaire et on n’avait pas de quoi me faire vivre.
Après l’Indépendance, ce n’est pas seulement le Service civil qu’on a empêché de reprendre des activités. Toute organisation en-dehors du FLN était mal venue. Il y a seulement eu le chantier de Tlemcen, que j’ai visité en 1963 et où ils ont fait du bon boulot, mais en-dehors de cela, les autorités ne voyaient pas d’un bon oeil le Service civil. Plus tard, après Boumediene, c’est devenu encore plus difficile. Je n’ai eu qu’un contact indirect avec Touiza dans les années 80, mais eux aussi manquaient de ressources.

Des chantiers en Europe et en Afrique

A fin 1950, je suis parti comme volontaire de longue durée pour le SCI, d’abord à Clichy avec Etienne Reclus. J’ai été à Nanterre, avec l’Abbé Pierre et le premier chantier Emmaüs. On a monté une petite baraque pour une famille. Nous avons aussi construit la première maison en préfabriqué pour le mouvement des Castors. A Pigalle, avec l’Abbé Pierre, qui essayait de récupérer les prostituées, nous avons réparé des appartements. C’était très intéressant.
Puis je suis resté deux mois et demi en Calabre, un chantier organisé par la branche italienne, où nous avons construit une route pour un village. C’était très étonnant comme expérience pour moi, car il me semblait que j’étais chez moi : les gens portaient un costume ressemblant à un burnous, étaient noirs, les gens venaient apporter leurs marchandises au marché comme en Kabylie. On avait des problèmes avec l’église catholique qui possédait toutes les terres. D’après ce qu’on me disait, elle préférait laisser les champs en jachère et n’aidait pas les gens, qui n’avaient que de petits lopins.
Je suis allé ensuite pendant trois mois à Saint Pol de Léon en Bretagne. Nous avons travaillé avec une coopérative de construction. Puis le SCI m’a envoyé en Angleterre, près de Coventry, où il y avait un centre de handicapés, où nous avons aidé à creuser une piscine. Puis je suis parti en Norvège, près d’Oslo, dans une forêt, où nous avons travaillé pour une grande entreprise forestière pour planter des arbres. Nous étions payés par l’entreprise et les économies que nous avons faites ont été envoyées au SCI pour financer un chantier en Inde. J’y suis resté trois mois.
A la fin de l’année 1952, je suis rentré en Algérie et j’ai fait un peu office de Secrétaire du SCI, qui n’avait personne à ce moment, jusqu’à l’arrivée Willy Begert. Et j’ai repris un travail de maçon pour gagner un peu ma vie et renflouer la caisse. Nous nous sommes mariés avec une volontaire norvégienne, malgré l’opposition des autorités françaises, qui disaient à ma femme : « Vous êtes folle, ces gens-là ne sont pas comme nous ». Il a fallu une intervention auprès du Préfet d’une personne qui était en relation avec Concordia pour obtenir l’autorisation.
En 1954, nous sommes allés en Norvège en vacances, mais au mois d’août il y a eu le tremblement de terre d’Orléansville et le SCI a organisé un chantier d’urgence. J’ai laissé tomber mon travail et je suis venu donner un coup de main pendant deux semaines. Il y avait plusieurs groupes. Là où j’étais, il n’y avait qu’une douzaine de volontaires, internationaux et Algériens, dont Mohammed Sahnoun. Il s’agissait de déblayer, mais surtout de redonner courage aux gens à l’intérieur, car on ne pouvait pas faire grand chose. D’autant plus que les Autorités françaises ne voulaient pas voir ces « fouineurs » du Service civil, regardés d’un mauvais oeil et faisaient tout pour qu’on ne puisse rien faire.
Le 1er novembre 1954 a commencé la révolte nationaliste algérienne. On faisait la chasse aux gens un peu actifs. J’habitais chez des amis chez qui la police est venue me demander. Mon frère était déjà en prison. Je suis parti en Norvège. J’y ai travaillé, j’ai fait des études d’ingénieur, mais j’ai continué à y faire des chantiers pendant les vacances, souvent comme responsable. Par la suite, j’ai travaillé dans différents pays pour des entreprises, puis pour le gouvernement norvégien à l’aide aux organisations de résistance en Afrique australe, à l’aide au développement au Yémen et au Vietnam, enfin pour le gouvernement français en Angola et Mozambique. J’ai aussi travaillé pour le Haut Conseil des Réfugiés, avec l’aide norvégienne, afin d’aider les réfugiés palestiniens après la guerre de 1967 et pour le Conseil mondial des Eglises en Algérie dans les années 80.
Sur l’efficacité du SCI, il faut d’abord souligner le manque de moyens : on aurait pu faire davantage avec plus de moyens. J’ai été ensuite responsable de projets de millions de dollars, alors qu’avec le SCI on comptait par milliers. De plus, l’action du SCI était trop fragmentée: les chantiers étaient de courte durée. Et même quand j’étais volontaire de longue durée, il fallait périodiquement que je travaille pour avoir de l’argent de poche, deux mois par exemple, puis trois mois comme volontaire, ce qui interrompait le cycle. Mais, compte tenu de nos modestes ressources, nous avons fait beaucoup de choses. S’il y a eu des problèmes d’organisation, c’était à cause de ce manque de continuité.
Nous étions des précurseurs du service volontaire de longue durée, en prenant en charge même nos voyages, seuls le logement et la nourriture étant assurés par l’association. Nous avons créé une solidarité, des relations amicales qui survivent après 50 ans. Nous avons appris à établir une amitié réelle, profonde et sans arrière-pensée. On s’est acceptés tels que nous étions. Mes expériences avec le SCI m’ont appris à mieux écouter les autres, m’ont fait connaître un horizon plus large.




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