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Kobayashi Shigeo

Shigeo Kobayashi a participé à l’un des premiers chantiers au Japon, a été volontaire de longue durée en Inde en 1964 etSsecrétaire de la branche japonaise à son retour en 65. Après son mariage avec Ann Smith volontaire en Thaïlande en 1968, ils se sont installés sur le projet à long terme de Kimpu, où ils ont élevé quatre fils jusqu’en 1978. Ils vivent en Angleterre et participent au mouvement pacifiste.

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Olivier Bertrand: Breaking down barriers 1945-1975, 30 years of voluntary service for peace with Service Civil International.
Paris (2008)

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Shigeo Kobayashi

SCI Japon 1960-1964

Lorsque j’étudiais le droit à l’université Chuo, un ami m’a fait connaître les chantiers du SCI. Je n’imaginais pas à quel point cette rencontre allait changer ma vie. Au début des années 60, toutes les universités du Japon participaient activement à un mouvement de masse contre le traité de sécurité avec les Etats-Unis. A Tokyo en particulier, des manifestations étaient organisées presque chaque jour par les syndicats étudiants devant les bâtiments du Parlement. Je me demandais si je ne pourrais pas faire quelque chose qui ait plus de sens. J’ai commencé à douter que le fait de manifester puisse servir à quelque chose. Est-ce que l’on avait jamais réussi une révolution ou une réforme de cette manière? Les études à l’université ont commencé à me paraître assez vides et déconnectées de la réalité.
C’est alors que j’ai eu la première occasion de participer à un chantier du SCI dans l’île de Niijima dans la baie de Tokyo. Cette expérience a fait sur moi une très forte impression du point de vue de la compréhension mutuelle sur une petite échelle. C’était cela que je cherchais et j’ai voulu aller plus loin. A partir de là j’ai toujours continué dans la même voie. Rien ne pouvait m’empêcher de participer à des chantiers de courte durée ou pendant le week-end. Cela passait avant mes cours de l’université. A cette époque j’ai eu beaucoup à voyager au Japon et en Corée du Sud pour le chantier international d’été organisé près de la frontière avec la Corée du Nord. J’ai aussi commencé à organiser des chantiers sous la direction de Sato et de Phyllis. Tous deux étaient des exemples vivants de la manière dont le SCI pouvait faire progresser la compréhension internationale. Ils m’apportaient les encouragements et les conseils nécessaires.

En Inde avec le SCI, 1964-1965

J’ai pris un bateau français des Messageries maritimes qui allait en trois semaines de Yokohama à Bombay en faisant escale à Hong Kong, Saigon, Manille, Bangkok, Singapour et Colombo. C’était à l’époque le moyen le plus économique pour les volontaires de voyager en Asie et en Europe. C’était très lent mais très intéressant. De Bombay à New Delhi, j’ai fait un long voyage en train et j’ai pu observer les vastes espaces et les populations du sous-continent, ce qui était une bonne introduction à ce pays fascinant avec une si longue histoire et une si grande diversité de langues, de races et de religions.
Mon premier chantier en Inde était à Kasauli au Pendjab où le Secrétariat asiatique et la branche indienne avaient organisé un projet à long terme pour les enfants de réfugiés tibétains. Ce home d’enfants fonctionnait déjà depuis plusieurs années et était bien intégré dans la communauté locale. Lorsque j’y travaillais, le SCI a organisé un chantier de formation d’animateurs dans un village proche et j’ai été heureux d’y assister et d’y rencontrer d’autres responsables du SCI en Inde ainsi que des volontaires américains et européens. J’ai ensuite été affecté à la léproserie d’Hatibari situé dans la jungle de l’Orissa. J’y étais avec un agronome canadien et une infirmière britannique. Ce projet a été parfois contesté, car les volontaires étaient laissé à eux-mêmes dans un endroit perdu, travaillant avec les lépreux sans grand soutien du monde extérieur et des membres indiens du SCI. Il avait cependant un sens du fait que l’on partageait le travail et que l’on vivait avec les malades. Leur vie quotidienne n’était pas très différente de celle du reste de la population. En vivant là-bas, j’ai pu comprendre leurs joies et leurs peines.
J’ai ensuite été affecté au Bengale occidental, dans un petit village de la région de Calcutta où le SCI organisait un chantier à court terme pour construire un centre communautaire. Il y avait plusieurs volontaires européens et américains. C’était si humide et si chaud qu’il était difficile de dormir, mon lit étant infesté de vermine. Quelque peu désespéré, il m’est arrivé de boire une eau non bouillie qui m’a obligé peu après à une hospitalisation de deux semaines à Ranchi au Bihar où je m’étais rendu pour un autre chantier organisé par des frères belges et le SCI local. C’était un grand chantier et j’aurais souhaité y rester, mais j’ai dû retourner à l’hôpital universitaire de Ranchi où une typhoïde a été diagnostiquée et m’a obligée à m’aliter jusqu’à ma guérison. J’ai été soulagé de savoir que je n’avais pas la malaria qui aurait eu des effets à long terme, mais il m’est souvent arrivé de me croire mourant. Lorsque j’ai surmonté le moment le plus difficile, j’ai eu le sentiment d’être devenu une autre personne. Il m’a semblé être plus proche de l’Inde, de sa population et de son mode de vie.
Mon dernier chantier était organisé par le groupe de Bombay dans l’Etat du Maharashtra, dans le village de Sarvodaya ashram où nous construisions une route secondaire pour rejoindre la route principale. Tout le village était concerné et il y avait chaque jour une foule de gens qui venaient rejoindre les volontaires du SCI.

SCI Japon – Secrétaire national – 1965 – 1969

Je suis rentré d’Inde juste à temps pour assister à l’Assemblée générale annuelle du SCI au Japon. J’ai été nommé Secrétaire national et j’ai commencé une vie très active de permanent unique de l’association. Arrivant tout juste d’Inde, j’étais très enthousiaste pour lancer toutes sortes d’activités pour le SCI. Etant donné que je vivais au bureau, je pouvais consacrer tout mon temps à organiser des chantiers et des échanges de volontaires. D’autres membres de l’association sont venus vivre avec moi et le bureau du SCI est devenu un centre de vie communautaire, non seulement pour les volontaires japonais, mais aussi pour les étrangers et pour les visiteurs. Beaucoup de gens allaient et venaient, mais notre objectif essentiel consistait toujours à organiser des activités avec des groupes locaux et des contacts internationaux avec les secrétariats du SCI, les branches nationales et différents organismes. Les échanges internationaux de volontaires se multipliaient.
Durant cette période, le Secrétariat asiatique animé par Sato et Phyllis a été très actif et il organisait des réunions régionales deux fois par an en Inde, au Sri Lanka ou en Malaisie. A mon retour de l’une de ces réunions au Secrétariat asiatique à Singapour, j’ai eu la chance de rencontrer Ann Smith qui terminait son service volontaire comme enseignante d’anglais à Bangkok et rentrait en Angleterre par le Japon et la Russie. Nous avons pris le même bateau pour le Japon. Après trois mois de participation à des chantiers en Corée et au Japon (avec un home d’enfants à Hiroshima), elle est rentrée en Angleterre, mais elle est revenue au Japon en décembre 1968 et nous nous sommes mariés.

Kimpu Long (Centre de formation) 1969-1978

Ce projet, démarré en 1965 par Hiroshima et Tazuko Kashima, fonctionnait régulièrement depuis. Comme nouveaux mariés, nous nous y sommes établis en 1969. Il était rattaché à une ferme coopérative, au travail quotidien de laquelle je participais, tout en animant le centre de formation de volontaires du SCI et en assistant ceux qui allaient partir.
Le centre était situé dans un lieu très isolé (le prochain village était à 8 km) et en altitude (à 1 500 mètres, c’était la ferme la plus élevée du Japon). Il y avait pourtant un va et vient continu de volontaires. D’avril à octobre, le climat était très agréable et l’air était pur, mais l’hiver était dur et la température pouvait descendre à – 20°. Dans la très vieille ferme, la température n’était guère différente entre l’intérieur et l’extérieur. Mais nous avons adoré ce mode de vie et nous avons réussi à avoir quatre fils durant les neuf années que nous avons passées là-bas.
C’était une vie très primitive, mais notre moral était toujours bon, avec l’aide des quatre familles résidant à Kimpu et aux membres du SCI. Pendant ce séjour de neuf ans, nous avons reçu plus de 5 000 volontaires appartenant à 35 nationalités. Nous organisions des chantiers, des séminaires, des formations de volontaires et nous restions en relations avec la communauté de Kimpu, avec la ville et les autorités administratives les plus proches. Nous avions espéré qu’au moins une autre famille du SCI pourrait nous rejoindre, mais nous n’avons pas réussi.
Il y avait une section d’école primaire dans la communauté avec un instituteur et quelques élèves. Lorsque notre fils aîné a eu six ans, il est allé à cette école, la plus petite du Japon, où il n’y avait qu’une seule autre élève, une petite fille de neuf ans.
Avec une famille de quatre enfants de moins de dix ans, il nous a fallu penser à notre avenir. Comme les autres enfants de la communauté, nos fils devraient quitter Kimpu pour être pensionnaires dans une école supérieure, mais à la différence des autres familles nous n’avions aucun proche dans la région et nos ressources ne nous permettaient pas de payer une pension. Chaque famille de Kimpu bénéficiait de la même rémunération quotidienne pour son travail dans la communauté, mais les autres avaient en plus des potagers et pouvaient louer des chambres d’hôte, alors que nous étions occupés à plein temps par le SCI et n’avions pas d’autres ressources. Nous devions aussi nous préoccuper du père d’Anne, qui vivait seul en Angleterre et était âgé. Une autre raison nous a amenés à renoncer à cette vie que nous aimions tant : nous avions entendu parler d’un projet de construction d’un barrage qui aurait pour effet de submerger le bâtiment du SCI et la maison communautaire.
Lorsque nous avons finalement décidé de quitter le projet en 1978, nous avons craint de voir disparaître une partie importante des activités du SCI. Heureusement, Kitahara, qui avait souvent été volontaire avec nous pendant de nombreuses années, a décidé de venir s’installer à plein temps sur le projet. En mai 1978, nous avons fait le voyage jusqu’à Wickford, Essex en traversant l’URSS, la Pologne et l’Allemagne. L’année suivante, naissait notre cinquième fils. Depuis, nous avons maintenu nos relations avec le SCI au Japon et avons été actifs avec les mouvements pour la paix, en particulier avec la Campagne pour le Désarmement nucléaire.




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