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Hildesheim Max

D’origine néerlandaise, la famille de Max Hildesheim, réfugiée en Indonésie pendant la guerre, s’est installée ensuite en Belgique. Etudiant en architecture, il a fait des chantiers pour le SCI au Maroc et en Moldavie et a été ensuite volontaire à long terme au Togo. Il vit en France.

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Olivier Bertrand: Breaking down barriers 1945-1975, 30 years of voluntary service for peace with Service Civil International.
Paris (2008)

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Max Hildesheim

Ma famille était hollandaise, d’origine juive et vivait à Bruxelles. Pendant la guerre, pour fuir les Allemands, le gouvernement hollandais nous a envoyés à Java, où nous avons passé trois ans dans un camp de concentration japonais, où hommes et femmes étaient séparés, de sorte que je n’ai pas vu mon père pendant trois ans. En 1945, à neuf ans, nous sommes retournés en Belgique et il m’a fallu passer du hollandais au français, changement de langue qui m’a facilité plus tard l’apprentissage de l’anglais. A 20 ans, mes parents m’ont offert un voyage en Israël, en espérant que je deviendrais Sioniste comme eux. Ma soeur était allée dans un kibboutz, où elle n’aimait pas la vie communautaire qui lui rappelait le camp. Au contraire, le travail manuel m’a beaucoup plu, ce goût m’est resté.
L’année suivante, étant étudiant en architecture, j’ai vu qu’au lieu de passer mes vacances au bord de la mer, je pourrais me joindre à un chantier de travail. J’ai fait un chantier en France, dans les Alpes, avec « Jeunesse et Reconstruction » ; j’ai souvent servi d’interprète et j’ai été amené à remplacer le chef de chantier, ce qui m’a beaucoup plu aussi. En 1960, avec mon diplôme d’architecte, j’ai pensé à aller à l’étranger et je me suis adressé au SCI ; normalement j’aurais dû commencer par un chantier en France, mais avec mon expérience j’ai pu aller en Grèce pour un mois. En fait je suis resté trois mois en remplaçant un responsable. J’ai rencontré des objecteurs, j’ai vu le côté plus idéologique du SCI et j’ai appris qu’il y avait des volontaires à long terme.

Découverte du Maghreb

J’ai d’abord passé quelques semaines avec Ralph et Idy Hegnauer et suis allé au Maroc à la fin de l’année 1960. Ce qui m’avait plu dans la proposition d’aller au Maroc, c’était notamment le fait de travailler avec des Algériens. Je n’étais pas spécialement politisé, mais je voulais me rendre compte de plus près de la situation. J’ai vu sur place des organisations nationalistes très bien structurées, avec une extension à Ifrane, dans la montagne.
Il s’agissait de travailler dans un orphelinat, à Aïn es Sebaa, à 6 km de Casablanca. Idy Hegnauer était la responsable. Il y avait huit volontaires, cinq Algériennes et trois Suissesses. Un monsieur en costume-cravate, l’un des responsables du syndicat algérien s’occupait du projet. J’étais en quelque sorte l’homme à tout faire. C’était le premier de mes chantiers où je devais travailler dans le domaine du bâtiment proprement dit : il ne s’agissait pas de faire des plans, mais de mettre réellement la main à la pâte. Avec un vrai maçon, Ahmed, nous devions reconstruire un fragment de muret et c’est lui qui m’a montré comment manier la truelle (alors que je venais de passer mon diplôme d’architecte !).
C’est là que j’ai pris conscience d’un certain nombre de problèmes culturels et que j’ai appris à changer mes habitudes : le problème du travail le vendredi, les manières de table et surtout le comportement avec les filles auquel il fallait être très attentif. Les relations n’étaient pas toujours faciles. Si d’une manière générale nous étions bien accueillis en tant qu’Européens venant collaborer avec les Arabes, dès qu’il y avait un problème ils avaient tendance, soit à revenir à la réaction du dominé envers le dominateur, soit à transformer la chose en question raciale ou ethnique. Et les différences étaient marquées entre Algériens et Marocains, entre Arabes et Kabyles Des questions plus fondamentales nous préoccupaient bien sûr aussi, concernant l’utilité de notre travail, les responsabilités des uns et des autres par rapport à leurs compétences, la manière dont l’argent était dépensé. Et il n’y avait pas assez d’enfants, car dés que l’un d’eux devenait orphelin, il était recueilli par la famille. Il y avait aussi la présence de la guerre d’Algérie : on me racontait ce que les gens avaient vu et vécu à propos de ce que les Français faisaient subir tant aux combattants qu’aux civils.
Pendant cette période, il y a eu un terrible tremblement de terre à Agadir, mais les autorités n’ont pas demandé les aides nécessaires, en particulier celle du SCI, qui organisait pourtant des chantiers d’urgence un peu partout. En janvier, on m’a demandé de rejoindre un nouveau home pour les enfants en mauvaise santé qui s’ouvrait à Ifrane, ville résidentielle dans la montagne. Il y avait des aménagements à faire, et mes compétences d’architecte pouvaient être utiles, mais le séjour a été bref, car il y avait toujours trop peu d’enfants. Ce chantier au Maroc précédait mon engagement d’une année et Ralf m’a proposé d’aller au Togo, aider une jeune association locale, « Les Volontaires au Travail » (LVT) à préparer la saison des chantiers d’été.

Togo : l’enthousiasme de l’Indépendance

Il n’y avait pas de vrai port au Togo et j’avais pris un bateau qui m’a débarqué à Cotonou (Dahomey, aujourd’hui Bénin). J’ai employé différents moyens, notamment l’auto stop, pour aller au Togo. La première voiture qui passait s’est arrêtée : un blanc qui fait de l’auto-stop, cela ne s’était jamais vu.
Ensuite, j’ai pu prendre un camion qui allait à Lomé et dont le conducteur était du village (Palimé) où je devais me rendre et connaissait bien Gerson Konu. Le soir, ne sachant où je devais coucher, le camionneur m’a invité à coucher chez lui. Puis j’ai pris le train.
A l’arrivée sur la place du marché des gamins m’accompagnaient en tournant autour de moi, chantant une petite chansonnette: « Yovo, yovo, bonsoir, ça ,va bien, merci.... ». Je n’ai pas eu à demander mon chemin, car Gerson Konu s’avançait vers moi : un beau jeune homme, les traits fins, un sourire des plus accueillants. Il m’a emmené chez lui. Tous les bâtiments se ressemblaient : sans étage, les murs crépis, plus ou moins blancs, ou couleur terre, pas de fenêtres mais seulement des volets, le toit en tôle ondulée. Il y avait aussi de simples appentis de bois couverts de paille où s’affairait un ferronnier parci, un menuisier par-là, ou même un tailleur derrière sa machine à coudre. Le bâtiment de Gerson était un peu plus long que les autres, et plusieurs pièces donnaient sur une galerie couverte où quelques fauteuils attendaient les visiteurs. Un peu plus loin, un petit bâtiment avec au-dessus de la porte un panneau de bois à l’enseigne « Les Volontaires au Travail ». Par derrière, une petite cabane « tout à l’égout ».
Gerson venait d’être élu l’un des 50 nouveaux députés du pays, dans le parti du président Sylvanus Olympio, très largement majoritaire. Dans un sens, il n’en était pas tellement enchanté, car cela lui donnerait beaucoup de travail et il pourrait donc moins s’occuper de L.V.T. Mais ceux-ci avaient une bonne équipe qui avait déjà réalisé plusieurs chantiers : une réserve d’eau, une école que les villageois ont ensuite achevée eux-mêmes, des routes, etc. Ils avaient aussi créé un centre d’éducation de base, où ils trouvaient la majorité des volontaires et de l’encadrement. Gerson, qui avait 28 ans, avait été invité l’année précédente en Europe pour participer à plusieurs chantiers S.C.I. en France et en Angleterre. Et c’est comme ça que l’idée était née d’inviter un volontaire à long terme européen ici. Un second était attendu : ce fût Nicole Lehmann.
Mon rôle, au début, consistait surtout à conseiller L.V.T. pour préparer les chantiers pour l’été. Il fallait préparer la venue des volontaires étrangers invités par le canal du S.C.I. d’une part, et par le A.F.S.C., l’organisation des Quakers américains, d’autre part. Ses fonctions de député obligeaient Gerson à partir une semaine au moins pour Lomé, mais il m’a invité à loger chez lui..Les relations avec les gens autour de moi se sont établies tout naturellement, et ils se sont tout de suite habitués à moi. Un jour, un « Père blanc » est venu s’asseoir avec moi ; un vieux missionnaire en soutane blanche, casque colonial, et barbe, blanche elle aussi. Il avait l’esprit aussi antique que son âge. Il était vraiment difficile d’établir le contact, mais intéressant de voir comment certains conçevaient encore l’Afrique.
L’une des premières décisions concernait la définition des horaires de travail : lever à 6 h, avec le soleil ; travail de 7 à 11, puis reprise à 13, de manière à manger et se reposer durant les deux heures les plus chaudes ; fin du travail à 17 h. pour pouvoir aller se baigner au marigot durant l’heure qui précède la tombée de la nuit (qui tombe très régulièrement vers six heures du soir tout au long de l’année).
Ensuite, la constitution des équipes, pour creuser les fondations à la houe, seul outil disponible avec les pelles, aller à la rivière, le marigot comme on dit ici, pour aller chercher le sable dans des cuvettes portées sur la tête, aller plus loin pour déterrer des blocs de pierre les casser en petits fragments pour faire du béton et aider deux menuisiers et le forgeron. Il fallait aussi préparer le bois des charpentes avec des scies de plus de deux mètres pour abattre des arbres d’un diamètre impressionnant.
Avec le recul, je pense que mes plans pour des villages en Afrique n’étaient pas assez réfléchis. Ils résultaient de ma formation, complètement abstraite. Des choses comme les briques crues auraient dû être développées beaucoup plus, alors qu’on utilisait des matériaux modernes coûteux (fers à béton, etc.).
Les volontaires américains étaient d’abord un peu déconcertés par les rythmes de travail parfois lents. Mais ils s’y adaptèrent rapidement, car il faut dire que les conditions étaient dures, les tâches lourdes, les outils primitifs et qu’on travaillait en plein soleil. Et quand ils en éprouvaient le besoin, ils s’arrêtaient chacun à leur tour, comme tout le monde, parfois même pour prendre la guitare et pousser la chansonnette. Par contre, tout s’est accéléré le jour où les villageois sont venus aider à chercher le sable. C’est alors le nombre qui créait la dynamique, et ce d’autant que tout le monde voulait travailler avec les « yovos » (les B lancs) qui devaient bien montrer qu’ils étaient à la hauteur !
Au début de la deuxième semaine, j’ai été heureux que mes amis me laissent enfin prendre ma place parmi les volontaires. Le rôle de « chef des travaux » que je tenais en fait, n’en était que renforcé. Et je me sentais vraiment architecte, même si c’était un architecte aux mains et aux vêtements sales. Au moindre problème qui se posait, c’était à moi d’arbitrer et de prendre les décisions finales. Et quand je ne m’en sentais pas capable, je demandais conseil à l’ingénieur africain de Palimé.
J’ai aussi participé à d’autres chantiers au Togo, pour aider à établir des plans. Quand il n’y avait pas de chantier, j’ai fait des relevés topographiques de plusieurs villages, dans le but de rectifier les rues par exemple. J’ai également été appelé à contribuer à un chantier pour responsables de chantier.
Nicole, qui n’était habituellement pas sur le même chantier que moi, y participait aussi, surtout en ce qui concerne le travail avec les femmes. Nous avons donc été promus « instructeurs ». Nos « stagiaires » étaient vraiment enthousiastes et de bonne volonté pour nous écouter parler de nos diverses expériences, et, comme toujours, de l’Europe en général. Comme ils ne rechignaient absolument pas à la besogne non plus, les conditions étaient vraiment bonnes. Nous avons également organisé un chantier de week-end, et les volontaires sont venus nombreux de Palimé. Quand il y avait foule comme cela, l’ambiance était vraiment enthousiasmante.
Bien sûr, à la fin de mon séjour, j’ai eu quelque peine à quitter tous ces amis.. Ils avaient fini par vraiment m’adopter. Quand un étranger leur demandait d’où je venais, ils lui disaient : « Il est natif du village ». De plus, m’appelaient souvent par mon prénom éwe, qui était Koffi[1].. De belles fêtes d’adieu ont été organisées à cette occasion et pour l’assemblée générale des Volontaires au Travail.
Ces fêtes et le tam-tam omniprésent m’ont laissé un grand souvenir. Par exemple lors de l’arrivée des volontaires américains.C’était d’abord la fête, avec tam-tam, chants, danses. Les nouveaux venus avaient l’air plutôt surpris de tomber là dedans sans aucune préparation, comme ça, en débarquant : le désordre apparent, les filles qui dansent à moitié nues en faisant des contorsions plus que suggestives, les gens qui accourent de toutes parts, l’ambiance chaleureuse..

Moldavie : une vision positive du monde soviétique

A la fin du chantier au Togo, il y avait une conférence internationale sur les chantiers de travail, organisée par l’Unesco au Nigeria. J’ai été envoyé par le SCI comme délégué, mais aussi comme interprète. J’ai été souvent proche du délégué soviétique parlant un français parfait, mais pas l’anglais, et pour qui je faisais souvent le traducteur dans les discussions en petits groupes. Je ne voulais pas rentrer simplement et directement par le bateau, car j’avais encore si peu vu de l’Afrique. Je suis donc passé par le Niger, j’ai acheté une pirogue avec laquelle je suis descendu sur le fleuve jusqu’au Togo. J’avais pensé aller en Israël en auto stop, mais l’interprète soviétique m’avait parlé d’un chantier en Moldavie et je me suis décidé à y aller.
Après quelques semaines de repos à Bruxelles, je suis donc reparti en 1962 pour un chantier en Moldavie, alors partie intégrante de l’Union soviétique. A cette époque, nous avions tendance à confondre celle-ci avec la Russie, mais la population locale insistait beaucoup sur sa propre indentité. Le chantier était à Terespol, dans un kolhoze proche de Kichinev, la ville principale. Il était organisé par les komsomols, l’organisation de jeunesse, en liaison avec la Fédération mondiale de la Jeunesse démocratique. Il y avait trois types de volontaires : ceux des komsomols, ceux du SCI et ceux qui venaient d’autres mouvements, tels que les Quakers. Certains d’entre eux venaient du Tiers Monde. Nous avions voyagé par le train depuis Paris avec des volontaires indiens, que j’avais aidés à traverser la frontière belge alors que nous ne descendions même pas du train[2]. Parmi nous, il y avait GeorgesDouart, qui nous a fait part de ses précédentes expériences avec les chantiers en Union soviétique. Il se souvenait de l’importance de la discipline, de la propagande, de la présentation du drapeau et de l’envoi de télégrammes de soutien à différentes occasions.
Au kolkhoze, une grande maison nous était réservée. Nous étions peu nombreux dans chaque chambre et le petit déjeuner était très copieux. Je n’avais pas connu ça sur les autres chantiers. Le président du kolkhoze un homme fort et jovial, nous a brièvement expliqué en quoi consistait notre travail : aider au travail aux champs ou à la construction d’un nouvel hôpital. Dans la soirée, nous étions invités par le kolkoze à voir des danses moldaves. Tout le monde était là pour nous accueillir d’une manière informelle.
J’ai d’abord choisi de travailler dans le beau verger pour ramasser des cerises. Cela m’a rappelé ma première expérience de travail manuel en Israël. En travaillant ensemble, les différents groupes ont bientôt commencé à se mélanger pour créer des équipes véritablement internationales, qui comportaient aussi des membres du kolkhoze. Nous parlions donc beaucoup, pendant les moments de repos et même après. Au début, il s’agissait seulement de questions simples, comme la famille, les études et le travail.
Le jour suivant, le travail (ramasser des petits pois) était beaucoup plus dur, mais il a été vite interrompu pour accueillir les nouveaux volontaires venus d’Europe de l’Est, des Etats-Unis, du Japon et d’Afrique. Une fois le groupe au complet, il y a eu une réception officielle avec des banderoles, des discours et encore des dances. L’atmosphère était plaisante. Le volontaire le mieux accueilli a été celui qui venait de Cuba, non pas à cause de sa personnalité, mais parce qu’à l’époque le prestige de Castro était grand en Europe de l’Est et dans le Tiers Monde. Tous les participants au chantier et pas seulement les Africains étaient intéressés par mon expérience africaines.
.Les discussions entre nous tournaient souvent autour de la religion, comme il arrivait fréquemment sur les chantiers. J’avais toujours mon petit succès quand je disais que j’étais d’origine juive, la ‘vieille religion’! Mais difficile d’expliquer aux Africains surtout que j’étais incroyant, et aux soviétiques que je n’étais pas d’accord avec la politique israélienne, ce qui était un sujet très sensible si peu de temps après l’affaire du Canal de Suez. Nous nous sommes rendu compte que les opinions des Occidentaux étaient souvent très variées, face à un point de vue beaucoup plus uniforme dans les pays communistes, bien que nettement moins rigide que nous ne l’aurions pensé. Les volontaires des pays de l’Est étaient capables d’argumenter d’une manière plus rationnelle que nous et de se référer davantage à des faits précis, que ce soit sur l’influence de la religion sur la politique, sur la paix et le désarmement et sur différents conflits. Il y avait aussi des discussions organisées, qui concernaient au début principalement le fonctionnement du chantier, mais peu à peu nous avons pu parler de nos régimes politiques et d’autres sujets, d’une manière très libre.
Georges Douart, qui avait beaucoup d’expérience des chantiers, pouvait comparer la situation de l’URSS à cette époque et au cours des années 50. De grands changements d’étaient produits : il y avait beaucoup moins de rigidité et une ouverture dans différents domaines. Nos partenaires soviétiques disaient souvent : « depuis quatre ans », mais ils n’étaient pas en mesure d’expliquer précisément la nature des changements.
Comme toujours, la vie en commun a contribué à une meilleure compréhension mutuelle, non seulement pendant le temps de travail, mais aussi quand nous étions invités en petits groupes par les habitants, avec la bouteille de vodka habituelle et de nombreux toasts. Nous avons découvert le genre de vie des habitants, qui vivaient beaucoup mieux que nous le pensions. Ils paraissaient en bonne santé et plaisantaient souvent, se moquant de leurs dirigeants le cas échéant. Il y avait beaucoup d’occasions
de boire de la vodka et, après le vin rouge, c’était très efficace. Je me souviens encore de ce dîner au cours duquel le responsable de l’équipe soviétique avait fait un grand discours sur les méfaits de l’alcoolisme alors qu’il était lui-même à moitié ivre et pouvait à peine se tenir debout ! On chantait alors beaucoup et les Soviétiques nous surpassaient beaucoup pour cela.
Quand les responsables ont appris que j’étais architecte, ils ont voulu que je rejoigne le chantier. Mais c’était un gros chantier qui n’en était qu’au stade des fondations et ils utilisaient des équipements lourds. J’ai donc surtout transporté du mortier dans une brouette !
Nous allions souvent nager dans la rivière proche et nous avons fait une excursion. Nous sommes allés une fois à Odessa avec un car et j’ai été impressionné de voir les fameux escaliers du film « Le cuirassé Potemkine ». Avec toutes ces activités et dans ce cadre sympathique, le temps a passé rapidement et le jour de notre retour en train à Moscou est vite arrivé. Ce chantier avait été pour moi une réelle ouverture. Il a modifié mon état d’esprit et changé mes opinions politiques. Mon souvenir le plus important du SCI concerne l’aspect humain. Le chantier m’a permis de connaître la vie de gens dont je ne savais rien.
A mon retour d’URSS j’ai fait des conférences sur mon expérience (où j’ai rencontré mon épouse, qui revenait d’un chantier de construction d’une autoroute en Yougoslavie). Jusqu’en 1978, j’ai travaillé comme architecte, mais j’ai arrêté cette activité car ce type de travail était en contradiction avec mon idéologie, avec les options politiques que nous avions prises et parce. que nous voulions une vie familiale et de couple plus intense. Avec ma famille, nous sommes allés vivre en Ardèche, où nous nous sommes pleinement intégrés avec la population locale. Notre vie est assez semblable à celle des chantiers, mais tout de même bien plus confortable et non collective. Mes idées pacifistes et mon expérience avec le SCI, y compris ma vision de l’URSS, ont eu une grand influence sur cette orientation.

 

 

[1] C’est le second prénom que l’on donne aux enfants et qui correspond au jour de leur naissance, le vendredi pour moi.
[2] Voir au chapitre 3 les souvenirs de Valli Chari/Seshan, qui avait rejoint ce chantier depuis Tachkent et Moscou.




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